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CC BY-NC 4.0
What a translation memory isQu'est-ce qu'une mémoire de traduction
Une phrase qui revient
Vous traduisez un manuel d’entretien de pompes. À la page 12, vous traduisez
« Vérifiez les joints après le premier essai. » À la page 47, la même phrase
revient, mot pour mot. Sans outil, vous la retraduisez, probablement un peu
autrement, et le manuel dit deux choses là où il devrait en dire une.
Avec un outil de TAO, c’est vous qui travaillez autrement. Quand vous avez
validé votre traduction à la page 12, l’outil l’a gardée. À la page 47, il vous
la repropose, et vous décidez si elle convient.
Figure 1. Ce que vous validez à la page 12 revient à la page 47.
Ce qu’elle contient
Une paire par entrée : une phrase dans la langue source, sa traduction dans la
langue cible. C’est tout. Autour de chaque paire, l’outil range des
informations de service : la date, la personne qui a validé, le projet ou le
client, parfois le domaine.
Figure 2. Une entrée de mémoire : la paire, et les informations de service rangées autour d'elle.
La mémoire compare des suites de caractères. Elle mesure à quel point deux
phrases se ressemblent, sans savoir ce qu’elles disent.
« Vérifiez les joints après le premier essai » et « Vérifiez les joints
après le deuxième essai » : un seul mot change, et c’est celui qui porte
l’information. L’outil annonce une ressemblance très élevée.
« Vérifiez les joints après le premier essai » et « Après le premier
essai, vérifiez les joints » : même sens, mots déplacés. L’outil les trouve
assez différentes.
Sources
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
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Memory or machine translationMémoire ou traduction automatique
D’où vient le texte proposé
Quand vous traduisez dans un outil de TAO, et selon la façon dont il est
configuré, l’outil vous propose une traduction pour chaque phrase. Elle peut
venir de la mémoire, d’un système de traduction automatique, ou des deux.
D’où elle vient change ce qu’il faut y vérifier.
Ce que cela change en pratique
Mémoire de traduction
Traduction automatique
D’où vient la proposition
d’une traduction écrite et validée par une personne dans un projet antérieur
d’un système qui la calcule au moment où vous ouvrez la phrase
Devant une phrase que personne n’a encore traduite
rien : la case reste vide
une proposition quand même
Ce que l’outil vous indique sur la proposition
un pourcentage de ressemblance avec la phrase stockée
rien sur sa fiabilité
Si la même phrase revient deux fois
la même proposition
pas nécessairement la même
Ce qu’il faut faire de la proposition
la vérifier ; si elle ne convient pas, se demander s’il faut aussi corriger la mémoire
La mémoire vous rend le plus souvent une traduction correcte ailleurs,
déplacée ici : elle a trouvé une phrase source qui ressemble à la vôtre sans
dire la même chose. Ce qui est stocké n’est pas garanti juste pour autant :
une traduction validée par une personne peut être fautive, et la mémoire la
ressort telle quelle.
La traduction automatique produit une phrase qui ne vient d’aucune
traduction existante. Avec les systèmes actuels, sur une paire de langues
aussi bien outillée que l’anglais et le français et sur des textes courants,
ce qui reste d’erreurs se lit bien : il faut comparer à la source pour le
voir. Des erreurs plus visibles arrivent encore, mais elles se sont raréfiées.
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
Rothwell, A., Moorkens, J., Fernández-Parra, M., Drugan, J., & Austermuehl, F. (2023). Translation Tools and Technologies. Routledge. https://doi.org/10.4324/9781003160793
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The full cycleLe cycle complet
Six choses, entre le texte et le fichier
Entre le texte que vous recevez et le fichier que vous livrez, l’outil de TAO et vous
faites six choses. Les deux premières ont lieu une seule fois, sur le fichier
entier ; les quatre autres se répètent pour chaque segment.
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Figure 3. Le cycle d'une mémoire de traduction, du texte reçu au segment validé.
Le circuit se referme
Les deux flèches vers la mémoire vont dans des sens opposés et n’ont pas lieu
au même moment. La première part avant que vous ne voyiez le segment : l’outil
a déjà cherché quand la ligne s’affiche. Selon le réglage, il peut aussi avoir
rempli les propositions d’avance, pour tout le fichier, ce qu’on appelle la
prétraduction. La seconde flèche part quand vous validez, et elle écrit dans la
mémoire ce que vous venez d’accepter.
La mémoire dans laquelle l’outil cherche au segment 200 n’est donc plus celle
du segment 1 : elle contient entre-temps tout ce que vous y avez mis. Sur un
document où les phrases se ressemblent, le circuit devient utile bien avant la
fin du fichier. Des propositions remplies d’avance, elles, ne profitent pas de
ce que vous traduisez ensuite.
Sources
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
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Segments and translation unitsSegments et unités de traduction
Un tableau, pas un texte suivi
Un fichier ouvert dans un outil de TAO ne s’affiche pas comme un texte suivi.
Il s’affiche comme un tableau : une ligne par morceau de texte, la source à
gauche, la place de votre traduction à droite. Cette segmentation a eu lieu à
l’import, avant que vous n’écriviez quoi que ce soit.
Figure 4. Le même texte avant et après la segmentation : un segment par ligne, la place de la traduction en face.
Pourquoi le segment décide de tout
Le segment est l’unité de travail de l’outil : c’est par segment qu’il
enregistre, qu’il cherche, qu’il compte et qu’il vous propose une
correspondance. Le devis d’un projet se chiffre lui aussi en segments.
Pour qu’une mémoire serve à quelque chose, il faut beaucoup de
correspondances et des correspondances fiables. La taille des segments
décide des deux.
Trop grands, ils ne reviennent presque jamais. Si l’outil enregistrait des
paragraphes entiers, il serait rare d’en revoir un identique.
Trop petits, ils reviennent souvent mais ne portent plus assez de
contexte. Si l’outil enregistrait des mots isolés, ses propositions
varieraient tellement d’un contexte à l’autre qu’elles n’aideraient plus.
D’où le compromis : une phrase, un titre, ou un autre fragment de texte isolé.
Segment et unité de traduction sont donc deux choses différentes. Un segment
est un morceau d’un texte, dans une seule langue. Une unité de traduction
est le couple formé par un segment source et le segment cible que vous lui
avez donné. Le fichier que vous traduisez
contient des segments ; la mémoire, elle, contient des unités de traduction.
La segmentation n’est pas évidente
La règle de base est simple : une phrase, un segment. Les difficultés
commencent aux détails.
Un point ne termine pas toujours une phrase. « M. Tremblay a signé. »
contient deux points et une seule phrase. Les outils tiennent donc une liste
d’abréviations par langue, et cette liste se règle.
Certains segments ne sont pas des phrases du tout : un titre, une cellule
de tableau, un élément de menu, une légende. La structure du document
intervient donc autant que la ponctuation, et deux outils peuvent segmenter le
même texte un peu différemment.
La segmentation n’est pas toujours celle qu’il vous faut. Deux phrases
françaises rendues par une seule phrase anglaise se traduisent mieux dans un
seul segment, ce qui demande de fusionner deux segments dans l’éditeur, en
général à l’intérieur d’un même paragraphe.
Figure 5. Le même texte, segmenté par deux outils. Les règles appartiennent au logiciel, pas au texte.
Sources
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
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The four types of matchLes quatre types de correspondance
Quand vous traduisez dans un outil de TAO branché sur une mémoire de
traduction, la recherche dans la mémoire se fait de deux façons, selon le
réglage : l’outil remplit les propositions pour tout le fichier avant que vous
ne commenciez, ou il ne cherche qu’au moment où vous ouvrez un segment. Dans
les deux cas, cette recherche donne l’un de quatre résultats (voir la
Figure 6figure 6).
Figure 6. Ce que la mémoire renvoie pour un segment donné.
Ces quatre cas vont du moins utile au plus fiable. C’est aussi l’ordre dans
lequel vous les rencontrerez dans un projet neuf, où tout commence sans
correspondance et où les autres apparaissent à mesure que la mémoire se
remplit.
Sources
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
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No matchAucune correspondance
L’outil ne propose rien
Quand la mémoire ne contient aucun segment assez proche de celui que vous
ouvrez, elle ne propose rien : la case cible reste vide, et vous
traduisez comme vous le feriez sans outil. C’est le cas le plus simple, et le
seul qui ne demande rien de particulier.
Au début d’un projet, avec une mémoire neuve, c’est ce qui arrive à presque
tous les segments. Cela ne veut pas dire que l’outil ne sert à rien : chaque
segment que vous validez entre dans la mémoire, et les correspondances
commencent à apparaître dans le document même que vous êtes en train de
traduire.
Le seuil
« Assez proche » n’est pas une notion vague : c’est un nombre réglable, en
général autour de 70 %. Sous ce seuil, l’outil ne propose rien, pour la
raison suivante : corriger une proposition trop éloignée coûte plus de temps
que d’écrire la traduction directement. En dessous d’un certain degré de
ressemblance, une proposition n’est plus une aide, mais une lecture de plus.
Combien de correspondances espérer
Une mémoire à vous met du temps à devenir utile : elle ne contient que ce que
vous y avez mis. Ce que vous obtenez ensuite dépend de la ressemblance entre le
nouveau texte et ceux qui sont déjà dedans.
Vos premiers projets se traduisent presque entièrement à neuf.
Un texte d’un autre client, dans un autre domaine en donne peu, quel que
soit le volume accumulé.
La nouvelle version d’un document déjà traduit est le cas le plus
favorable : l’essentiel du texte n’a pas bougé, et la mémoire répond sur la
plus grande partie du fichier.
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
Tiedemann, J. (2012). Parallel Data, Tools and Interfaces in OPUS. Proceedings of the Eighth International Conference on Language Resources and Evaluation (LREC'12), Istanbul, 2214–2218. https://aclanthology.org/L12-1246/
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The fuzzy matchLa correspondance partielle
La réponse qui demande le plus d’attention
Des quatre réponses possibles, c’est celle qui demande le plus d’attention.
L’outil vous signale ce qui diffère entre les deux segments sources, et vous
reportez la différence dans la traduction.
D’où vient le pourcentage
L’outil de TAO compare le segment source stocké à celui que vous traduisez, et
compte ce qu’il faudrait changer pour passer de l’un à l’autre : des mots
ajoutés, supprimés ou remplacés. Le pourcentage est ce compte rapporté à la
longueur du segment.
Figure 7. Le pourcentage vient d'un décompte de ce qui diffère entre les deux segments sources : un mot remplacé, ou un mot ajouté.
Ce que le pourcentage mesure, et ce qu’il ne mesure pas
Il mesure une ressemblance de forme, et rien d’autre. Il ne
dit pas si l’écart est important.
Une correspondance à 95 % dont le seul mot différent est « ne pas » demande une
correction essentielle : l’outil vous propose l’inverse de ce qu’il faut écrire.
Une correspondance à 80 % dont l’écart tient à un complément déplacé peut n’en
demander aucune. Le chiffre ne fait pas la différence entre les deux, et vous,
oui.
Trois exemples réels
Poussé à bout, ce calcul donne des propositions qui n’ont plus rien à voir avec
le segment à traduire. Les trois ci-dessous viennent de vrais projets, du
français vers le néerlandais, et ont circulé dans un groupe de traducteurs et
traductrices.
Figure 8. Trois correspondances partielles réelles. Le pourcentage compare des caractères, jamais des sens.
La troisième est la plus instructive : « Ja, dat kan! » veut dire « Oui, c’est
possible ! », soit le contraire exact du segment à traduire.
Aucune de ces propositions n’est un défaut de l’outil. Chacune est la bonne
réponse à la question qu’il se pose, qui est « quel segment stocké ressemble le
plus à celui-ci, lettre pour lettre ». La question du sens ne lui est jamais
posée, et il n’aurait pas les moyens d’y répondre.
Sources
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
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The 100% matchLa correspondance à 100 %
Rien à corriger, en apparence
L’outil de TAO insère la traduction stockée et passe au segment suivant. Il
n’y a rien à corriger en apparence, et une proposition qui ne demande rien est
une proposition qu’on relit peu.
Pourquoi relire quand même
Le segment est le même. Ce qui l’entoure ne l’est pas nécessairement, et une
phrase ne se traduit pas indépendamment de sa place.
La même phrase peut être un titre dans un document et une ligne de tableau
dans un autre, ce qui change la majuscule, la ponctuation finale et parfois
la tournure.
Elle peut reprendre un antécédent qui a changé : « Il est conforme à la
norme » ne se traduit pas de la même façon selon ce dont parlait la phrase
précédente.
Elle peut venir d’un document dont le registre ou le public n’est pas celui
du vôtre.
La mémoire ne sait rien de tout cela. Elle a comparé un segment à un segment, et
elle a trouvé qu’ils étaient identiques. C’est tout ce qu’annonce le 100 %.
Sources
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
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The context matchLa correspondance en contexte
Ce que le 100 % ignore
Une correspondance à 100 % ne dit rien de ce qui entoure le segment. La
correspondance en contexte tient compte de cet entourage : si le segment qui
précède et celui qui suit sont eux aussi les mêmes, la traduction stockée a été
écrite pour cette phrase à cet endroit-là, et le risque qu’elle ne convienne
pas ici devient faible.
Le cas demande un texte très proche de ce qui est en mémoire : une nouvelle
version d’un manuel, d’un contrat type ou d’un site dont la plupart des
passages n’ont pas bougé d’une version à l’autre.
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
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How the memory fills upComment la mémoire se remplit
Au premier projet, elle est vide
Au premier projet, la mémoire est vide : elle ne peut rien proposer tant que
vous n’y avez rien mis. Elle se remplit à mesure que vous validez des segments,
et par alignement de documents déjà traduits.
Figure 9. Les deux façons de remplir une mémoire : segment par segment en traduisant, ou d'un coup par alignement.
En traduisant
Vous traduisez un segment, vous le validez, et la paire entre dans la mémoire
comme unité de traduction. Sur un document où les phrases se ressemblent, cela
se voit vite : quelques segments validés suffisent pour que l’outil
commence à en reproposer.
Valider un segment et passer au segment suivant sont deux actions
différentes : cliquer sur la ligne d’en dessous vous déplace sans rien
enregistrer, et seule la validation écrit dans la mémoire.
Ce qu’on aligne : vos traductions antérieures, celles d’un collègue, les
documents bilingues d’un client (see also the Wordfast: alignment chapter) (voir aussi le chapitre Wordfast : alignement).
Une erreur validée coûte donc deux fois plutôt qu’une : au moment où elle
passe, puis chaque fois qu’elle revient et qu’on la reconfirme sans la relire.
Ce que devient la cohérence
Le désordre ne vient pas que des erreurs. Une mémoire perd aussi sa
cohérence à mesure qu’elle grossit. Sur quatre mémoires d’entreprise
réelles, de 22 000 à 300 000 unités de traduction (Moorkens, 2011) :
la différence la plus fréquente entre deux segments presque identiques était
une simple majuscule.
Chacune de ces traductions pouvait être juste dans son projet. C’est leur
coexistence dans une même mémoire qui pose problème, puisque l’outil les
propose ensuite indifféremment.
Deux conséquences, dès maintenant
Corrigez la mémoire, pas seulement le segment. Quand une proposition ne
convient pas parce que ce qui est enregistré est fautif, corrigez la mémoire
tout de suite si l’outil vous le permet, sinon notez-le très clairement.
Corriger seulement le segment du projet en cours laisse l’erreur en place pour
le projet suivant.
Gardez des mémoires séparées quand les projets n’ont rien à voir : les
phrases d’un client de machinerie n’ont aucune raison de ressortir dans une
traduction juridique.
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
Moorkens, J. (2011). Translation memories guarantee consistency: Truth or fiction?. Proceedings of Translating and the Computer 33 (Aslib). https://aclanthology.org/2011.tc-1.17/
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Choosing your memoriesChoisir ses mémoires
Deux mémoires, deux bonnes traductions
Un même segment source anglais peut avoir été traduit correctement de deux
façons, dans deux mémoires venues de domaines différents. Les deux répondent à
100 %, et la mémoire ne peut pas savoir laquelle convient à votre projet : elle
a comparé un segment à un segment.
Figure 10. Deux mémoires, un seul segment source, deux traductions justes chacune dans son domaine.
Une mémoire n’est donc pas un réglage à cocher au moment de créer le projet.
Avant de l’attacher, trois questions :
D’où viennent ses textes ? Un client, un domaine, un type de document, ou
un mélange dont personne ne se souvient.
Qui les a validés ? Une traduction stockée a été acceptée par quelqu’un,
dans des conditions que vous ne connaissez pas.
Est-ce qu’ils ressemblent au vôtre ? Un manuel technique et une brochure
du même client ne parlent pas de la même façon.
Une mémoire faite de textes proches du vôtre vous fait gagner du temps. Une
mémoire faite d’autre chose vous en fait perdre, surtout quand elle propose
quelque chose : une mémoire muette vous laisse traduire, une mémoire hors
domaine vous fait relire et corriger.
Sources
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
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What you gain, what you loseCe qu'on y gagne, ce qu'on y perd
Ce que vous y gagnez
Trois choses.
De la cohérence : la même phrase ressort de la même façon d’un projet à
l’autre et d’un mois à l’autre.
De la vitesse sur les textes qui se ressemblent.
Moins de travail répétitif, ce qui est autre chose que de la vitesse.
Retraduire à la main la vingtième occurrence d’un avertissement de sécurité
n’apprend rien à personne.
Ce que vous y perdez
Une mémoire demande de l’entretien, et elle ne rend rien tant qu’elle ne
contient pas de textes proches du projet en cours. À cela s’ajoute une courbe
d’apprentissage : le temps passé à comprendre l’outil est du temps qui n’est
pas passé à traduire.
Ce que la mémoire change à ce que vous êtes payé
Un projet ne se compte plus seulement en mots : il se compte en mots par type
de correspondance, tant de segments sans correspondance, tant de correspondances
partielles par tranche, tant à 100 %. Les agences appliquent une grille
dégressive sur ce décompte, et ce que vous facturez dépend donc autant de la
mémoire branchée sur le projet que du texte à traduire.
Figure 11. Le même projet, compté par type de correspondance et payé à des taux différents. Grille d'exemple : les tranches et les pourcentages varient d'une agence à l'autre.
Le coût qu’on voit le moins : la segmentation
L’écran vous présente une phrase à la fois. C’est ce qui rend la réutilisation
possible, et c’est aussi ce qui éloigne du texte comme ensemble : le registre,
la progression thématique, la reprise d’un antécédent, le rythme d’un
paragraphe ne se lisent dans aucun segment isolé.
Le tableau ci-dessous rassemble des segments anglais dont la traduction
française n’est pas décidable telle quelle. Chaque fois, ce qui tranche se
trouve ailleurs.
Segment source
Traductions possibles
Ce qui tranche, et où cela se trouve
The client has signed.
Le client a signé. / La cliente a signé.
Le genre de la personne. Nulle part dans ce segment.
The doctor is not convinced.
Le médecin n’est pas convaincu. / La médecin n’est pas convaincue.
Le même problème, avec l’accord de l’attribut en plus.
Your order has been processed.
Votre commande a été traitée. / Votre ordre a été exécuté.
Le domaine du document : commerce ou finance.
Please confirm before Friday.
Veuillez confirmer avant vendredi. / Confirme avant vendredi.
Le registre, fixé pour le document entier.
They arrived late.
Ils sont arrivés en retard. / Elles sont arrivées en retard.
Le référent, souvent plusieurs segments plus haut.
Une mémoire qui vous propose une de ces traductions à 100 % la propose parce que
le segment source est identique, et pour aucune autre raison. Elle ne peut pas
savoir que le client de la page 3 est une cliente à la page 40.
Sources
Bowker, L. (2002). Computer-Aided Translation Technology: A Practical Introduction. University of Ottawa Press. https://doi.org/10.1353/book6554
Bowker, L., & Fisher, D. (2010). Computer-aided translation. Handbook of Translation Studies (John Benjamins Publishing Company). https://doi.org/10.1075/hts.1.comp2
Maruf, S., Saleh, F., & Haffari, G. (2021). A survey on document-level neural machine translation: Methods and evaluation. ACM Computing Surveys, 54(2), article 45. https://doi.org/10.1145/3441691
Rothwell, A., Moorkens, J., Fernández-Parra, M., Drugan, J., & Austermuehl, F. (2023). Translation Tools and Technologies. Routledge. https://doi.org/10.4324/9781003160793
Voita, E., Sennrich, R., & Titov, I. (2019). When a good translation is wrong in context: Context-aware machine translation improves on deixis, ellipsis, and lexical cohesion. Proceedings of the 57th Annual Meeting of the ACL, 1198–1212. https://aclanthology.org/P19-1116/